Rachid Taha [Diwân 2]

Publié le par Athée

Rachid Taha
«Il revient à ma mémoire, des souvenirs familiers,»
en 1986, un «petit beur» croquait tendrement à la face de l'électorat FN un «Douce France» plutôt amer.

A croquer tendrement aussi le dernier opus : Diwân 2

Pour Rachid Taha
: «C’est comme si je trouvais un tableau dans un grenier et puis que je le nettoyais.»
 
Télérama n° 2977 - 3 Février 2007
Extrait de propos recueillis par Fabienne Pascaud

«La France est un pays de plus en plus féminin»
Sa déception face aux années Mitterrand, ses colères – injustices de l’immigration, soumission des femmes… Rencontre avec un chanteur au verbe mûri et incisif.

Tolérance. Insolence. Il en fallait pour résister à la douleur de l’exil, aux humiliations de l’émigration. Mais l’ex-leader du groupe lyonnais Carte de Séjour (1982-1989), le rebelle écorché vif n’a peur de rien. Surtout pas de dénoncer la condition des musulmanes (Zoubida, en 1981), d’orientaliser Charles Trenet (Douce France, en 1986), d’imposer le premier tube en arabe (Ya Rayah, en 1998), ou de revisiter sans fin la musique de son enfance ( Diwân 1 en 1998 et Diwân 2, qui vient de sortir). Adoubé par les plus grands musiciens anglo-saxons – Brian Eno, David Byrne – artiste jusqu’au bout du cœur, l’homme a des fulgurances, des extravagances que beaucoup admirent et redoutent tout ensemble.




[...] Je préfère militer à travers ma musique.

Diwân 2 est un disque militant ?

C’est une sorte de cours d’histoire à l’usage des immigrés de la troisième génération… et de tous les Français. J’ai réalisé un jour combien mon propre fils connaissait mal son héritage culturel. Alors j’ai voulu lui constituer une sorte d’encyclopédie musicale qui rende hommage aux plus belles voix orientales. On ne peut s’ouvrir à l’autre qu’en ayant une conscience forte et épanouie de son identité. Je ne me sens pas victime, j’ai même horreur des martyrs, de ceux qui se complaisent dans la plainte. Une victime, c’est un cadavre. Or il faut avancer. Et avant de dénoncer le racisme, on a nous-mêmes, les Arabes, beaucoup à balayer devant notre porte.

C’est-à-dire ?

Et notre racisme envers les femmes ? La soumission à laquelle la famille et un islam mal compris les contraignent, l’obligation du voile ! Tant que les femmes restent asservies, la démocratie ne peut exister. Prenez les mariages arrangés, qui demeurent la règle chez nous. Quand il n’y a pas d’amour au départ, quand le géniteur est trop souvent un violeur, les mères ne peuvent se réfugier que dans leur foi et tombent amoureuses du premier homme doux avec elle : leur fils aîné ! Du coup, elles surinvestissent sur lui, mettent leurs filles éventuelles au service du grand-frère, en font un macho. Et parfois même un intégriste tant leurs relations sont sublimées : pour le fils, la mère si dévouée, si pieuse est devenue une sainte, dont il se rêve le prophète.

[...]
Nous aussi, Carte de Séjour, nous tombions en morceaux, nous étions devenu un phénomène social, nous tournions en rond.

Avec de beaux moments de bravoure et de scandale...

Oui, comme Zoubida, en 1981, une chanson qui dénonçait le mariage forcé chez les musulmans ; ou Douce France, en 1986, qui reprenait de façon orientale le grand tube de Charles Trenet, manière de dire que nous existions aussi…

Vous êtes dur…

J’en ai marre qu’on nous infantilise et qu’on se laisse infantiliser. Comment a-t-on pu se réjouir qu’après la sortie du film Indigènes le gouvernement ait enfin annoncé une revalorisation des pensions des anciens combattants africains de l’armée française ? Cette injustice durait depuis ... 1959 et c’est honteux qu’il ait fallu un film pour y remédier. Pire : qu’on croit nous apaiser avec une petite allocation, quand par ailleurs on ne donne même pas de visas pour revenir en France aux anciens combattants qui sont rentrés en Algérie.

[...]
Mais j’adore la France.

Pourquoi ?

Parce que c’est encore un vrai pays démocratique qui s’est construit sur un beau slogan publicitaire : Liberté, Egalité, Fraternité. Et puis les femmes y sont plus belles qu’ailleurs ; le photographe Helmut Newton le disait, et c’est vrai. La France est d’ailleurs un pays de plus en plus féminin, homo même.

... ?

Vous n’avez pas remarqué comme on s’embrasse ici ! Pour un oui, pour un non. C’est le côté arabe de la France. C’est déjà un début...



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